Arts et culture

08/06/16

Trois grandes civilisations artistiques se sont épanouies successivement sur le sol vietnamien. La première, la civilisation du Dong Son, fut celle du bronze et s’inscrit dans une formidable aire géographique, de la Chine méridionale à l’Indonésie ; la deuxième façonna la brique et sculpta le grès en l’honneur des dieux et des rois du Champa, entre le 7e et le 15e s. La troisième, sous l’égide des royaumes vietnamiens, à partir du 11e s, tailla le bois pour en faire ses palais, ses temples. Mais les guerres de l’histoire, et plus encore celles de notre monde contemporain, ont réduit de nombreux vestiges au silence. Le dommage est d’autant plus grave que peu d’études avaient été consacrées aux arts du Vietnam jusqu’au milieu du 20e s. Ils sont pourtant plus vivants que jamais, que ce soit dans la tradition artisanale des différents groupes ethniques, la création de ses artistes contemporains ou l’emergence de nouveaux courants littéraires, comme si l’indéfectible vitalité de ce peuple à reconstruire son pays ranimant sans arrêt la flamme d’une immense sensibilité artistique.

Les arts premiers du Vietnam

Durant la fin de l’âge du bronze et le début de l’âge du fer, la métallurgie atteint une technicité remarquable dans le contexte de la culture du Dong Son. Près de ce village du Thanh Hoa, une nécropole de 200 sépultures a livré plusieurs centaines d’objets en bronze, combinant la fonte à la cire perdue avec le martelage, le rivetage et la soudure.

La voix des tambours

Des outils, des armes, quelques statuettes humaines ou animales composent ce mobilier funéraire, aux côtés de deux objets emblématiques, les tambours et les situles, qui renfermaient parfois grains, monnaies chinoises ou coquillages. De dimensions imposantes, pouvant aller jusqu’à 60 cm de haut pour un diamètre de 80 cm, ce sont des instruments de prestige, dont le décor fait l’objet de plus de conjectures que de certitudes. Réalisées en ronde bosse sur le couvercle des situles, en faible relief sur le corps des tambours, des scènes entières campent l’univers de cette protohistoire, alternant les activités de personnages à la coiffure emplumée et campés de profil et les évolutions des animaux. Sur les tambours, elles sont organisées en frises concentriques à partir d’un motif central en étoile, qui représente peut-être le soleil ou le plan de frappe du maillet. Les bandes de dessinées du Dong Son se sont progressivement simplifiées pour n’être plus que motifs géométriques, accompagnés de statuettes de grenouilles, allusions à une civilisation de pays d’eau. L’assimilation chinoise aux environs de notre ère l’a réduite au silence, mais a révélé une des dimensions symboliques de ces tambours. Envoyé pour réduire les insurrections dans le Sud, le général Ma Yuan fit fondre ces emblèmes du pouvoir des chefs dongsoniens, à mesure qu’il s’en emparait.

Le legs du Dong Son

Malgré une tentative de christianisation très poussée, les peuples des Hauts Plateaux établissent de nos jours un lien avec la civilisation ancienne du Vietnam. Les Austronésiens en particulier s’inscrivent par leurs langues dans une aire culturelle qui fut celle de la diffusion des tambours du Dong Son, dont on a trouvé des exemples aux Philippines et en Indonésie. De part et d’autre de la mer de Chine méridionale, une longue tradition architecturale reproduit le modèle de maison qui figure dans le décor des tambours. Toujours élevée sur pilotis, elle frappe par son ample toiture, que ce soit la maison en forme de trapèze des E Des, la maison longue des Gia Rais ou la maison commune (rong) de Ba Nas, au double toit effilé. L’ethnographie s’interroge encore sur l’écho des rituels du Dong Son dans ceux des peoples des Hauts Plateaux, don’t la maison commune renferme les objets sacrés de la communauté: Jarres , gongs et tambours. Plusieurs groups transmettent le mythe d’un tambour-bateau qui sauva l’humanité du déluge. Tambours et gongs appellent toujours la communauté à s’assembler lors des sacrifices de buffles qui accompagnent des cérémonies funéraires complexes, au cours desquelles le défunt quitte les vivants pour entrer dans le monde des esprits. Chez les Gia Rais, les E Des et les Ba Nas, le départ définitif des morts est marqué par la construction d’une maison funéraire dont la statuaire célèbre la nature et la fertilité.

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